La vie après la mort est une question qui fascine en privé mais qui dérange en public. Elle est du ressort de la foi, la religion, la spiritualité, ou encore de la philosophie et de la science. Mais c’est une question avant tout personnelle, et quand elle entre dans la sphère publique, celle de l’opinion et du débat, elle révèle des choses sur « l’état d’esprit » collectif d’une société. A cet égard, le traitement de l’étude scientifique AWARE (Awareness during resuscitation) par les medias au sens large est aussi intéressant que l’étude elle-même.


Vie après la mort : quand la réalité dépasse l’affliction
L’article scientifique a été publié dans une revue d’anesthésie-réanimation de langue anglaise, Resuscitation. Ce mot ne signifie pas « résurrection » mais « réanimation », ce qui n’a pas empêché plusieurs papiers de faire la confusion. Mais surtout, le communiqué de presse originel a été repris et commenté dans des directions diamétralement opposées. Quelques médias se sont ensuite donné la peine de consulter l’article scientifique du Dr Sam Parnia, qui a dirigé l’étude, mais là aussi des interprétations très libres des données et commentaires de l’étude ont été faites. Les premiers papiers ont donc annoncé en boucle qu’il y avait bien « une vie après la mort », ou « quelque chose après la mort », les plus prudents y mettant le conditionnel, sur le mode « soyez rassuré » ou « nous vous l’avions bien dit ». Cet enthousiasme a cependant vite été douché par une seconde salve d’articles ou reportages se voulant plus sérieux et affirmant qu’il ne s’agit pas de vie après la mort mais d’une activité du cerveau qui se poursuit quelque minutes après l’arrêt cardiaque. Cependant, ces deux interprétations sont fausses, si l’on se contente des données et commentaires de l’étude. En revanche, elles disent beaucoup de choses de la peur de l’époque. C’est comme si l’anxiété générée par des menaces mortifères comme le terrorisme islamique, le virus Ebola, la crise économique et financière, et y compris la bourse qui dégringole en ce moment, trouvait un soulagement dans l’idée que oui, il y a bien une vie après la mort. C’est quand la réalité dépasse l’affliction que la vie après la mort redevient crédible, en tout cas désirable, même là où la société est la plus sécularisée. Mais la réponse des médias « sceptiques » - qui nous rassurent sur un modèle du monde dans lequel « tout est sous contrôle » - est illustrée par le reportage du journal télévisé de France 2 (13/10/2014) qui affirme que l’activité du cerveau se poursuit plusieurs minutes après l’arrêt cardiaque, et donc il n’est pas question d’une preuve de la vie après la mort. Or, il s’agit là d’un grave contre-sens car l’étude prétend seulement qu’un « état de conscience » se poursuit, lequel n’est très probablement pas causé par une activité cérébrale, précisément parce que l’arrêt cardiaque interrompt le flux sanguin cérébral et que l’activité du cerveau, en surface comme en profondeur, cesse en vingt à trente secondes. En outre, Sam Parnia souligne qu’il est impropre de considérer la mort comme un « instant », alors qu’il s’agit plus d’un « processus » qui dépend des tentatives effectuées pour maintenir la vie. Ainsi, il est tout aussi abusif de prétendre que l’étude confirme d’une façon ou d’une autre la « vie après la mort », que d’avancer qu’une activité cérébrale se poursuit plusieurs minutes après un arrêt cardiaque. La question n’est pas « scientifiquement » tranchée et elle ne le sera jamais car il s’agit d’un problème philosophique, ce que très peu d’articles ont souligné, à l’exception notable de celui de Jean-Paul Fritz dans le Plus du Nouvel Observateur, paru parmi les premiers. 



Rédigé par Jocelin Morisson le Vendredi 17 Octobre 2014 | Commentaires (2)

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Blog animé par Jocelin Morisson, journaliste scientifique, auteur et traducteur.
Thèmes: Science - Philosophie - Spiritualité

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