Le matérialisme prend à bras-le-corps le problème difficile de la conscience, mais révèle l'absurdité de son projet en atteignant ses limites. Tant que l'intégralité de l'expérience humaine n'est pas prise en compte, y compris dans des états modifiés de conscience plus riches de sens encore que l'expérience de la réalité physique, aucune théorie de la conscience ne peut prétendre être complète.


Internet peut-il être conscient ?  Ou le matérialisme jusqu’à l’absurde
Une récente théorie de la conscience retient l’attention parmi les neuroscientifiques. Elle est due à deux grandes figures des neurosciences et s’appelle la Théorie de l’Information Intégrée (TII). Né en Italie, Giulio Tononi est psychiatre et neuroscientifique à l’Université du Wisconsin, et Christof Koch est un neuroscientifique attaché à l’Allen Institute of Brain Sciences de Seattle. Ce dernier explique en page d’accueil de son site personnel combien « il réfléchit à l’Univers, au cerveau, à la façon dont il produit la conscience et dont l’esprit conscient émerge du cerveau ». Cette formulation n’a rien d’anodine car elle pose en fait le paradigme dans lequel ces deux-là pensent. Il s’agit bien sûr du paradigme matérialiste ou, selon le terme plus récent, physicaliste. Dans ce cadre, le cerveau « produit » nécessairement la conscience ou, ce qui revient au même, l’esprit conscient « émerge » du cerveau. Ces grands esprits feignent d’ignorer, car il ne peut s’agir d’une simple erreur, que leur questionnement relève de la « pétition de principe », une notion philosophique qui veut que les prémisses d’un raisonnement en soient aussi la conclusion. En excluant a priori d’envisager que le cerveau ne produise pas la conscience, ni que celle-ci n’émerge du fonctionnement du cerveau, les deux chercheurs ne risquent pas de parvenir à une autre conclusion, ce qui constituerait de toute façon un crime intellectuel qui en ferait des « idéalistes » ou, pire, des « spiritualistes ». 
 



Rédigé par Jocelin Morisson le Dimanche 25 Octobre 2015 | Commentaires (1)

La vie après la mort est une question qui fascine en privé mais qui dérange en public. Elle est du ressort de la foi, la religion, la spiritualité, ou encore de la philosophie et de la science. Mais c’est une question avant tout personnelle, et quand elle entre dans la sphère publique, celle de l’opinion et du débat, elle révèle des choses sur « l’état d’esprit » collectif d’une société. A cet égard, le traitement de l’étude scientifique AWARE (Awareness during resuscitation) par les medias au sens large est aussi intéressant que l’étude elle-même.


Vie après la mort : quand la réalité dépasse l’affliction
L’article scientifique a été publié dans une revue d’anesthésie-réanimation de langue anglaise, Resuscitation. Ce mot ne signifie pas « résurrection » mais « réanimation », ce qui n’a pas empêché plusieurs papiers de faire la confusion. Mais surtout, le communiqué de presse originel a été repris et commenté dans des directions diamétralement opposées. Quelques médias se sont ensuite donné la peine de consulter l’article scientifique du Dr Sam Parnia, qui a dirigé l’étude, mais là aussi des interprétations très libres des données et commentaires de l’étude ont été faites. Les premiers papiers ont donc annoncé en boucle qu’il y avait bien « une vie après la mort », ou « quelque chose après la mort », les plus prudents y mettant le conditionnel, sur le mode « soyez rassuré » ou « nous vous l’avions bien dit ». Cet enthousiasme a cependant vite été douché par une seconde salve d’articles ou reportages se voulant plus sérieux et affirmant qu’il ne s’agit pas de vie après la mort mais d’une activité du cerveau qui se poursuit quelque minutes après l’arrêt cardiaque. Cependant, ces deux interprétations sont fausses, si l’on se contente des données et commentaires de l’étude. En revanche, elles disent beaucoup de choses de la peur de l’époque. C’est comme si l’anxiété générée par des menaces mortifères comme le terrorisme islamique, le virus Ebola, la crise économique et financière, et y compris la bourse qui dégringole en ce moment, trouvait un soulagement dans l’idée que oui, il y a bien une vie après la mort. C’est quand la réalité dépasse l’affliction que la vie après la mort redevient crédible, en tout cas désirable, même là où la société est la plus sécularisée. Mais la réponse des médias « sceptiques » - qui nous rassurent sur un modèle du monde dans lequel « tout est sous contrôle » - est illustrée par le reportage du journal télévisé de France 2 (13/10/2014) qui affirme que l’activité du cerveau se poursuit plusieurs minutes après l’arrêt cardiaque, et donc il n’est pas question d’une preuve de la vie après la mort. Or, il s’agit là d’un grave contre-sens car l’étude prétend seulement qu’un « état de conscience » se poursuit, lequel n’est très probablement pas causé par une activité cérébrale, précisément parce que l’arrêt cardiaque interrompt le flux sanguin cérébral et que l’activité du cerveau, en surface comme en profondeur, cesse en vingt à trente secondes. En outre, Sam Parnia souligne qu’il est impropre de considérer la mort comme un « instant », alors qu’il s’agit plus d’un « processus » qui dépend des tentatives effectuées pour maintenir la vie. Ainsi, il est tout aussi abusif de prétendre que l’étude confirme d’une façon ou d’une autre la « vie après la mort », que d’avancer qu’une activité cérébrale se poursuit plusieurs minutes après un arrêt cardiaque. La question n’est pas « scientifiquement » tranchée et elle ne le sera jamais car il s’agit d’un problème philosophique, ce que très peu d’articles ont souligné, à l’exception notable de celui de Jean-Paul Fritz dans le Plus du Nouvel Observateur, paru parmi les premiers. 



Rédigé par Jocelin Morisson le Vendredi 17 Octobre 2014 | Commentaires (2)

Quand les sciences du cerveau découvrent que les états modifiés de conscience ne peuvent se réduire à des illusions, les lignes bougent.


Des "illusions" qui soignent
Une équipe allemande conduite par la neuropsychologue Ursula Voss à l’Université Goethe de Francfort avait montré il y a quelques années que le rêve lucide est associé à une forte augmentation des ondes gamma. Rappelons que le rêve lucide est un rêve dans lequel le rêveur a conscience de rêver et qu’il devient capable de contrôler le contenu et déroulement du rêve. Pour certains, il s’agirait d’un phénomène proche du voyage astral, voire identique. Le Dr Voss est allée plus loin en induisant la lucidité dans le rêve chez des dormeurs qui n’avaient jamais eu de rêves lucides, ceci en les stimulant avec un faible courant électrique d’une fréquence proche de 40 Hz ou de 25 Hz (dans le domaine des ondes gamma). L’étude publiée dans Nature Neuroscience établit un lien irréfutable entre la stimulation transcrânienne pendant la phase de sommeil paradoxal, connue pour être celle où les rêves surviennent, et l’accès à la lucidité. La stimulation de faible intensité a été effectuée au niveau des zones frontales et temporales du cerveau chez vingt-sept volontaires. Il apparaît que la stimulation ne perturbe pas le dormeur et agit seulement en modulant le potentiel de repos des neurones dans les zones ciblées, c’est-à-dire la polarisation électrique de la membrane des neurones. Ursula Voss a déclaré au magazine The Scientist qu’elle avait initialement peu d’espoir que l’expérience fonctionne : « Cela a été une surprise pour nous de constater que l’on peut effectivement forcer le cerveau à adopter un nouveau rythme, que le cerveau s’adapte et que les neurones se mettent à décharger selon la nouvelle fréquence simplement avec la faible stimulation appliquée. »
De nombreuses applications thérapeutiques pourraient découler de cette découverte, en particulier pour soigner les hallucinations ou encore les cauchemars dans les syndromes de stress post-traumatique. On imagine aussi les applications ludiques puisque le rêve lucide est connu pour être plutôt « fun ». Contactée pour en savoir plus, Ursula Voss m’a confirmé pour le magazine Nexus que non seulement « les ondes gamma induisent le rêve lucide » mais que la stimulation provoque également « des sensations de sortie du corps, dans lesquelles les personnes se voient elles-mêmes depuis un point de vue extérieur, comme depuis une conscience d’un ordre supérieur (à celle du rêve) qui conduit à adopter une perspective à la troisième personne sur soi-même. » Allons bon ! Va-t-on bientôt provoquer la « sortie du corps » à la demande et découvrir qu’elle n’est pas une illusion mais une réalité qui oblige à réécrire toute la physique et toute la biologie ? Que les rationalistes se rassurent, nous n’en sommes pas là et la pensée dominante en neurosciences reste à l’opposé du spectre. Un neuropsychologue matérialiste de plus, Claude Messier (université d’Ottawa), vient ainsi d’affirmer que le voyage astral est une illusion liée à « un fonctionnement altéré des parties du cerveau qui servent à générer notre image corporelle en à en faire le suivi en mouvement ».



Rédigé par Jocelin Morisson le Vendredi 29 Août 2014 | Commentaires (0)

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Blog animé par Jocelin Morisson, journaliste scientifique, auteur et traducteur.
Thèmes: Science - Philosophie - Spiritualité

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