Une recette du Xe siècle à base d’ail a permis de vaincre des bactéries résistantes aux antibiotiques. Deux livres récents prétendent expliquer la conscience à partir du cerveau. Des librairies chrétiennes retirent des récits d’expérience de mort imminente de leurs rayons… Quel rapport ? Ces événements parmi d’autres illustrent la façon dont le vieux paradigme s’accroche aux branches, et dont l'arrogance de ses tenants révèle leur nervosité.


Le vieux paradigme s’accroche aux branches
L’information est passée relativement inaperçue mais on a appris il y a quelques semaines qu’une vieille recette issue d’un livre de médecine du Xe siècle avait permis de venir à bout de bactéries résistantes à tous les antibiotiques. Les chercheurs de l’Université de Nottingham en Angleterre ont présenté ces travaux lors du congrès annuel de la Society for General Biology. La recette est simple : prenez de l’ail et un oignon ou un poireau, ajoutez du vin et de la bile de vache, faites macérer dans une cuve en laiton, purifiez et laissez reposer. Les choses deviennent encore plus intéressantes lorsqu’on apprend qu’aucun des ingrédients testé individuellement n’a montré d’activité antibactérienne. C’est donc la combinaison de ces éléments, y compris le cuivre provenant de la cuve en laiton, qui est étonnamment efficace et les chercheurs s’interrogent sur la façon dont cette combinaison fait émerger ce pouvoir bactéricide. Une solution trop claire n’est pas aussi efficace mais elle empêche tout de même la communication entre les bactéries, ce qui limite leur pouvoir de nuisance. Testée sur des plaies de rongeurs à l’Université du Texas, la solution a éradiqué 90 % des staphylocoques dorés présents et a fait mieux que les antibiotiques conventionnels, a reconnu le Dr Kendra Rumbaugh.



Rédigé par Jocelin Morisson le Vendredi 1 Mai 2015 | Commentaires (4)

En ces temps troublés où les ténèbres menacent, un éclaireur du XXe siècle est certainement à redécouvrir. Son apport est resté dans l’ombre imposante de Freud, mais le réductionnisme nourri par ce dernier a conforté le matérialisme et le nihilisme de l’époque, laissant nos contemporains largement perdus et désemparés.


Viktor Emil Frankl : Quête de Sens et Dieu Inconscient
Tout comme Jung, autre disciple puis dissident de Freud, Viktor Frankl (1905 – 1997) a refusé de suivre le maître dans sa catégorisation de la religion et de toute forme de spiritualité au rang d’une « illusion » et même d’une pathologie. Le mot clé de l’œuvre de Frankl est le « sens », et n’est-ce pas ce qui fait tant défaut aujourd’hui encore et plus que jamais ?
 
Sens ou vide existentiel ?
« Je parle de “recherche d’un sens à la vie” par opposition au principe de plaisir sur lequel est fondée la psychanalyse freudienne, ainsi qu’à la volonté de puissance qui est au centre de la psychologie adlérienne », expliquait Frankl. Le jeune psychiatre et philosophe va ainsi rapidement s’écarter des trois écoles de Vienne (Freud, Adler et Jung) pour fonder sa propre voie : la logothérapie, ou thérapie par le sens. Victime des lois raciales de Nuremberg, déporté à Auschwitz, il en réchappe et publie en 1945 un manuscrit rédigé avant sa déportation, perdu puis reconstitué de mémoire, « The doctor and the soul » (Le docteur et l’âme), dans lequel il donne une formulation théorique aboutie à ses expériences. Suivra « Man’s search for meaning » (La recherche du sens par l’homme) qui s’appuie spécifiquement sur son expérience d’Auschwitz.
En logothérapie, la recherche du sens à donner à sa vie l’emporte sur les pulsions (le « ça » freudien) mises en avant par la psychanalyse traditionnelle. Chacun doit trouver une raison unique et singulière d’exister, seule à même de combler l’exigence existentielle et spirituelle de l’âme humaine. A défaut, l’individu connaît une frustration (ou vide) existentielle. « Le vide existentiel peut prendre plusieurs aspects, explique Frankl. La recherche d’un sens à la vie est parfois remplacée par la recherche du pouvoir, incluant sa forme la plus primitive, soit le désir de gagner toujours plus d’argent. Dans d’autres cas, c’est la recherche du plaisir qui y est substituée. C’est pourquoi la personne qui souffre de frustration existentielle essaie parfois de compenser le vide qu’elle éprouve en recherchant les plaisirs sexuels. » Argent, pouvoir et sexe…, une trinité qui reste un horizon indépassable pour tant de représentants de nos « élites », majoritairement masculins bien entendu. 



Rédigé par Jocelin Morisson le Jeudi 5 Février 2015 | Commentaires (1)

Le film de Christopher Nolan Interstellar a été qualifié de chef d’œuvre par beaucoup, équivalent du 2001, Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick ou autres comparaisons dithyrambiques. Sans entrer dans des considérations cinématographiques en termes d’intrigue, de narration ou d’interprétation, un de ses intérêts majeurs est de reposer sur une physique de pointe qui sensibilise le grand public à des aspects bien mystérieux de notre espace-temps, tel que nous le comprenons aujourd’hui.


La physique d’Interstellar :  Des p’tits trous, des p’tits trous… et des gros trous
Le grand mérite de Christopher Nolan est de s’attaquer à des sujets qui sont aux frontières de la connaissance. En dehors de ses réalisations magistrales pour la série des Batman – The Dark Knight, il s’était déjà frotté aux mystères de la conscience à travers l’évocation des rêves lucides et rêves imbriqués dans Inception, qui a dérouté plus d’un spectateur. Avec Interstellar, il s’appuie sur les mystères et paradoxes de la physique relativiste pour bâtir son intrigue, en particulier le phénomène des trous de ver et des trous noirs. Mais il voulait avant tout que son film conserve une crédibilité scientifique, c’est pourquoi il s’est attaché les services d’un astrophysicien de pointe, Kip Thorne.
Quand Kip Thorne a vu le trou noir qu’il avait aidé à créer, il a pensé : « Pourquoi ? Bien sûr. C’est ce qu’il ferait ». Le trou noir en question est une simulation d’une précision jamais égalée au cinéma. Il semble être en rotation sur lui-même à une vitesse proche de celle de la lumière, entraînant des morceaux de matière avec lui. La théorie nous dit qu’il fut d’abord une étoile, mais au lieu de s’éteindre ou d’exploser (comme une supernova), il s’est effondré sur lui-même en un seul point que les physiciens appellent une singularité. La force de gravité y est telle que rien ne peut en sortir, pas même le moindre photon, d’où son appellation de trou noir, mais le temps lui-même se dilate au point de ne plus avoir cours... L’anneau brillant qui entoure ce tourbillon est déformé de part et d’autre ; il représente la matière qui est attirée dans le trou noir.
Einstein avait expliqué que plus un objet est massif, plus la gravité est élevée et plus elle déforme la structure de l’espace-temps. Des objets comme les étoiles et les trous noirs ont une telle gravité qu’ils déforment la trajectoire de la lumière, l’espace et le temps. Plus on s’approche du trou noir, plus la perception de l’espace et du temps est déformée et la relativité nous dit que le temps s’écoulerait de plus en plus lentement. 



Rédigé par Jocelin Morisson le Samedi 29 Novembre 2014 | Commentaires (0)

La vie après la mort est une question qui fascine en privé mais qui dérange en public. Elle est du ressort de la foi, la religion, la spiritualité, ou encore de la philosophie et de la science. Mais c’est une question avant tout personnelle, et quand elle entre dans la sphère publique, celle de l’opinion et du débat, elle révèle des choses sur « l’état d’esprit » collectif d’une société. A cet égard, le traitement de l’étude scientifique AWARE (Awareness during resuscitation) par les medias au sens large est aussi intéressant que l’étude elle-même.


Vie après la mort : quand la réalité dépasse l’affliction
L’article scientifique a été publié dans une revue d’anesthésie-réanimation de langue anglaise, Resuscitation. Ce mot ne signifie pas « résurrection » mais « réanimation », ce qui n’a pas empêché plusieurs papiers de faire la confusion. Mais surtout, le communiqué de presse originel a été repris et commenté dans des directions diamétralement opposées. Quelques médias se sont ensuite donné la peine de consulter l’article scientifique du Dr Sam Parnia, qui a dirigé l’étude, mais là aussi des interprétations très libres des données et commentaires de l’étude ont été faites. Les premiers papiers ont donc annoncé en boucle qu’il y avait bien « une vie après la mort », ou « quelque chose après la mort », les plus prudents y mettant le conditionnel, sur le mode « soyez rassuré » ou « nous vous l’avions bien dit ». Cet enthousiasme a cependant vite été douché par une seconde salve d’articles ou reportages se voulant plus sérieux et affirmant qu’il ne s’agit pas de vie après la mort mais d’une activité du cerveau qui se poursuit quelque minutes après l’arrêt cardiaque. Cependant, ces deux interprétations sont fausses, si l’on se contente des données et commentaires de l’étude. En revanche, elles disent beaucoup de choses de la peur de l’époque. C’est comme si l’anxiété générée par des menaces mortifères comme le terrorisme islamique, le virus Ebola, la crise économique et financière, et y compris la bourse qui dégringole en ce moment, trouvait un soulagement dans l’idée que oui, il y a bien une vie après la mort. C’est quand la réalité dépasse l’affliction que la vie après la mort redevient crédible, en tout cas désirable, même là où la société est la plus sécularisée. Mais la réponse des médias « sceptiques » - qui nous rassurent sur un modèle du monde dans lequel « tout est sous contrôle » - est illustrée par le reportage du journal télévisé de France 2 (13/10/2014) qui affirme que l’activité du cerveau se poursuit plusieurs minutes après l’arrêt cardiaque, et donc il n’est pas question d’une preuve de la vie après la mort. Or, il s’agit là d’un grave contre-sens car l’étude prétend seulement qu’un « état de conscience » se poursuit, lequel n’est très probablement pas causé par une activité cérébrale, précisément parce que l’arrêt cardiaque interrompt le flux sanguin cérébral et que l’activité du cerveau, en surface comme en profondeur, cesse en vingt à trente secondes. En outre, Sam Parnia souligne qu’il est impropre de considérer la mort comme un « instant », alors qu’il s’agit plus d’un « processus » qui dépend des tentatives effectuées pour maintenir la vie. Ainsi, il est tout aussi abusif de prétendre que l’étude confirme d’une façon ou d’une autre la « vie après la mort », que d’avancer qu’une activité cérébrale se poursuit plusieurs minutes après un arrêt cardiaque. La question n’est pas « scientifiquement » tranchée et elle ne le sera jamais car il s’agit d’un problème philosophique, ce que très peu d’articles ont souligné, à l’exception notable de celui de Jean-Paul Fritz dans le Plus du Nouvel Observateur, paru parmi les premiers. 



Rédigé par Jocelin Morisson le Vendredi 17 Octobre 2014 | Commentaires (2)

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Jocelin Morisson
Blog animé par Jocelin Morisson, journaliste scientifique, auteur et traducteur.
Thèmes: Science - Philosophie - Spiritualité

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